#Leçondevie


Une des grandes inquiétudes que nous avons tous, à des moments de nos vies, reste notre lutte contre la peur.


Quand je joue contre de grands maîtres d'échecs, je finis abattu. Ils ont l'air d'être immunisés émotionnellement. Ils affichent une sérénité et un calme même pendant les moments critiques du jeu.


Mais il y a deux mois de cela, un ami m'a donné une leçon que je n'oublierai jamais.


Je vous la raconte.


Pour le dernier tour d'un tournoi international d'échecs, mon ami affrontait un grand maître.


En cas de victoire, il avait de grandes chances de remporter le tournoi ; une nulle lui assurait l'une des cinq premières places, une défaite lui ôtait tout espoir de remporter un prix.


Mon ami était habitué aux nulles quand il affrontait les joueurs professionnels de ce niveau. Il n'arrivait presque jamais à les battre ; il reculait quand il fallait prendre des risques contre ces joueurs aussi sûrs d'eux en toute circonstance.


La veille, nous en avons discuté. Le jeu en valait la chandelle. Nos réfléchissions aux différentes stratégies possibles et avons imaginé de multiples scénarios. Il était content mais aussi nerveux. Il savait que la bataille la plus dure ne serait pas contre le grand maître, mais contre ses propres peurs.


Avez-vous déjà connu un sentiment pareil? Que ce soit à la veille de votre premier jour d'école ou ce moment avant d'échanger votre premier baiser ou autre....?


Cette bataille interne est ce que nous subissons lorsque nous nous exposons au regard des autres et que nous nous plions aux pensées et jugements négatifs qui se résument en un seul mot : peurs.


Dans ce cas d'espèce, perdre une partie signifie qu'on ne sera plus accepté par les autres. En tout cas nous avons tous eu, à un moment donné, peur d'un résultat.


Le lendemain, mon ami est venu me prendre en voiture afin que nous allions à l'événement. Son expression m'a surpris, je le trouvais détendu et tranquille !


Inquiet, je lui ai demandé :


-Tu n'as pas peur?


Lui : Mon adversaire m'a appelé hier pour me proposer une nulle


Moi : Super !


Lui : Tu ne comprends pas.


Ces mots resteront gravés dans ma mémoire.


Lui : Jusqu'aujourd'hui je pensais que j'étais le seul à avoir peur. Aujourd'hui, j'apprends que les grands maîtres ont peur de moi, ils ont aussi peur de perdre. Nous avons tous peur, nous sommes tous faits de chair et d'os, la peur signifie que nous sommes des humains".


Je sais, ce n'est pas quelque chose d'inédit comme la découverte de l'Amérique, mais parfois, nous oublions que la peur est quelque chose de banal. Nous avons tendance à sortir de ce contexte et cela alimente nos peurs. Le problème n'est pas d'avoir peur, mais de donner à la peur cette importance aussi irrationnelle qu'absurde. Sans chercher à la dominer.


La peur d'être rejeté que nous ressentons avant le premier jour d'école est la même que ressentent les autres camarades. La peur de ne pas combler les attentes de notre premier baiser et de ne pas être accepté par le garçon ou la fille qui nous plaît, est probablement la même qu'il ou elle a.


Pour mettre fin à la timidité, nous devons comprendre que les inquiétudes que nous avons face à nos chances d'échouer ne sont pas une faille de notre "logiciel personnel"; c'est un sentiment partagé par les autres.


Mon ami a obtenu une nulle et a dû se contenter de la cinquième place à cause du système de départage. Une place injuste au vu de la performance générale qu'il avait réalisée.


S'il s'agissait d'une autre personne, j'aurais adressé des mots de félicitations, mais pour quelqu'un qui a des attentes aussi élevées, je lui ai dit que c'était dommage. Mais il m'a répondu tout euphorique :


“Aujourd'hui est un jour qui va changer ma vie. La peur que je ressens en affrontant les grands maîtres ne m'affectera plus".


Il a transformé une défaite à court terme en une victoire à long terme. La progression de son jeu ces derniers mois est plus qu'évidente.


Il m'a donné une double leçon.


Les personnes qui réussissent dans leurs relations comprennent que nous sommes tous vulnérables et elles n'ont pas peur de le reconnaître. Elles acceptent leurs peurs car elles savent que cela fait partie de l'être humain.


Quand nous réalisons cela, certes la peur nous suit toujours, mais nous arrêtons de lutter contre elle simplement parce qu'elle nous importe peu et en fin de compte, nous arrivons à abandonner notre timidité.


"L'assurance n'est pas un objet, c'est un état d'esprit"